Interview d'Eric Boisse

– Bonjour Eric ! Bienvenue à la SEG ! Et félicitations pour ta victoire au Tournoi Clarins. Nous constatons depuis quelques semaines que tu es présent à la salle d'armes pour t'entraîner… Pour commencer, peux-tu nous dire en quelques mots comment tu es arrivé à la SEG ?

– Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, ne m'étant pas sélectionné pour les championnats d'Europe et du Monde avec la France, il m'est impossible de me qualifier aux JO de Londres. Comme l'épée homme n'y sera pas représentée, il n'y a que le classement individuel qui compte et ce, au niveau international ET national. En bref, il aurait fallu que je sois dans les deux premiers Français au classement mondial ET que je sois dans le top 14. Or mes performances n'ont été que moyennes. Je revenais d'un grave accident et il m'a manqué une année. J'ai donc décidé d’arrêter ma carrière internationale à la fin de la saison 2010-2011.
Cela s'est fait sans heurt car j'ai rencontré la femme qui partage ma vie maintenant et je suis venu la rejoindre à La Clusaz. Elle y vit depuis six ans et j'adore la région, tant pour les pistes de ski de cette station, que les balades sur le col des Aravis ou nos descentes au bord du lac d'Annecy.
De plus, cela a coïncidé avec la fin de mes études. Depuis trois ans, je suivais des études dans l'une des trois grandes écoles de commerce de France, l'ESCP-Europe, et j'ai fini ma spécialisation marketing en mai dernier. Je me suis dit qu'il valait mieux chercher du travail aux cotés de celle que j'aime plutôt que loin d'elle. Alors j'ai déménagé et je suis à la recherche d'un emploi dans la région.
J'en viens maintenant à mon arrivée à la SEG.
Avec mon club de Saint-Gratien, nous avons gagné les championnats de France par équipe. Cela nous donne droit de participer à la coupe d'Europe des clubs champions en avril/mai prochain. J'ai à cœur de la remporter car la seule et unique fois où j'ai été aligné avec mon club, j'ai paniqué et j'ai été responsable de notre défaite. C'est aussi la seule compétition par équipe, toutes catégories confondues, qui manque à mon palmarès.
Habitant la région d'Annecy, j'ai cherché un club susceptible de m'accueillir et, sur les conseils de mon père, je me suis dirigé vers la SEG.
Voilà, c'est un long résumé :-)

– Comment trouves-tu les installations, le club en général, l'ambiance, l'accueil qui t'a été réservé depuis ton arrivée ?

– Les installations ont été mon premier contact avec le club. J'ai été bluffé. Autant de terrains, autant de sports… C'est top pour qui veut se dépenser et, surtout, pour l'accès à la compétition. C'est quasi aussi grand que l'INSEP.
L'endroit est tellement grand que j'ai dû demander mon chemin à trois personnes avant de croiser un jeune en tenue d'escrimeur qui m'a conforté dans l'idée d'être sur le bon chemin.
Ensuite, il y a eu le cadre, avec le téléphérique du Salève et les montagnes visibles de partout. Venant de la banlieue parisienne avec ses buildings et autres cités, cela m'a changé complétement. J'ai tout de suite adoré.
Après quinze minutes de recherche, je suis entré dans la salle d'escrime. J'ai trouvé génial qu'il y ait une salle dédiée.
Le fait qu'il y ait des pistes métalliques partout est un gros atout pour l'entraînement. La salle est vraiment optimisée. Le seul regret que je pourrais formuler, c'est qu'à l'entraînement, j'aime bien pousser mon adversaire en bout de piste pour qu'il soit acculé à la sortie. Ici, les murs sont trop proches pour qu'il puisse y avoir des sorties de pistes. Mais là, je fais le pointilleux :-)
L'accueil que j'ai reçu était chaleureux et gentil. Seul Maître Cagnet était au courant de ma venue. La plupart des jeunes ne m'ont pas reconnu. D'autant que je n'avais pas mon matériel et que j'avais tout emprunté. C'était amusant pour moi d'être pris pour un débutant par certains. Je suis arrivé le jour du brassard et c'est au fur et à mesure que je passais les tours que les gens ont commencé à savoir qui j'étais. C'était fun ;-)
Mais ce qui m'a le plus plu, c'est l'ambiance. J'ai tout de suite eu l'impression d'être dans un club familial et convivial, comme à Saint-Gratien.
Cela s'est confirmé au fil du temps et j'apprécie beaucoup les tireurs du club.

– Tu as déja un palmarès incroyable. Quels sont les titres que tu a remportés qui te tiennent le plus a cœur ?

– Il y a le titre aux JO car c'est le titre majeur de ma carrière et celui qui m'a ouvert les portes de tout. Grâce à ce titre, j'ai pu rencontrer des gens formidables et faire quelques soirées "jet-set" :-)
Sinon il y a deux titres qui me reviennent en mémoire. Le premier et le dernier titre de champion de France avec Saint-Gratien. Le premier, j'avais 15 ans, avec une bande de potes, loin d'être favoris, on a gagné le titre cadet.
Le dernier, c'est celui de cette année où on a gagné le titre senior. Même si c'est mon troisième titre senior par équipe, celui-ci est marquant parce que, cette fois, je n'étais plus le jeune qui est remplaçant et qui tire un ou deux relais dans toute la compétition comme en 1998 ou en 2000. J'étais un des cadres, le finisseur. Cela restera marqué d'autant plus que ma compagne était là et que j'ai pu, au moins une fois et malgré une entorse au poignet, lui montrer mon esprit combatif et ce que je valais sur une piste.

– Quel est celui que tu n'as pas encore remporté et qui te fait encore rêver ?

– Comme je le disais, je rêve de gagner la coupe d'Europe des clubs. Ce sera ma dernière compétition internationale avant de raccrocher :-) Après, il y a le titre olympique individuel que j'aurais aimé viser, mais il faut savoir tourner la page et admettre les choses qui ne sont pas réalisables. Peut-être que si je n'avais pas eu mon accident, j'aurais été meilleur. Cependant, cela m'a ouvert l'esprit et j'ai l'impression, après un long passage à vide, de m'être découvert et de vivre plus intensément. Et puis, sans cela, je ne partagerais certainement pas la vie de cette femme incroyable qu'est ma compagne. Je l'aime, je n'ai pas peur de le dire, et j'aime ma vie… je suis content de mon parcours :-)

– Quels sont tes objectifs pour cette nouvelle saison ?

– Essayer de transmettre aux Genevois mes conseils, ma façon de voir l'escrime, et les aider à progresser. Sinon, me préparer au mieux pour avril/mai.
J'aimerais aussi arriver à faire rencontrer les jeunes du Val d'Oise dont je m'occupais avec ceux de Genève. C'est un projet que j'ai en tête. On verra.

– Penses-tu que tout soit réuni à Genève pour que tu puisses y parvenir ?

– Oui. Il y a des jeunes motivés et à fort potentiel. C'est excellent pour me booster et garder la motivation. Sans compter le cadre, j'en suis tombé sous le charme. Donc il n'y a pas de raison.

– Merci Eric d'avoir si aimablement répondu à nos questions et à très bientôt sur la piste !

(Propos recueillis par Sébastien Tournafol le 3 octobre 2011.)


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